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̶ Comment vous appelez-vous ?
Il n’avait
pas réfléchit à la question pourtant la réponse sortit toute seule.
̶ Vincent Leprince.
̶ Regardez la caméra, Vincent. Voilà,
très bien. Vous avez quel âge ?
̶ Dix-neuf ans.
̶ Vous pouvez nous jouer le texte qu’on vous a
remis à votre arrivée ?
Il était
intimidé et cela se voyait.
̶ Allez-y, Vincent. La caméra tourne.
Il prit une
profonde respiration et se lança.
̶ Petit
cochon petit cochon allons ouvre-moi donc…
̶ Vous avez-vu Shining, Vincent ?
̶ Chaï quoi ?
̶ Ce n’est pas à moi que vous devez vous adresser, Vincent. Pas à moi ! Vous devez vous imaginez devant une porte derrière laquelle se trouve votre femme. Et vous n’avez qu’un seul désir : défoncer cette porte à coup de hache pour découper votre nana en petits morceaux ! Vous êtes complètement givré, Vincent. COMPLETEMENT !
̶ OK… OK…
̶ Alors soyez plus énergique… Plus cinglé ! Faites sortir la bête qui est en vous ! Vous devez nous foutre la trouille, vous comprenez ? Allez, on reprend.
̶ Petit cochon… Petit cochon… Allons ! Ouvre-moi donc !
̶ Bien…
̶ De me refuser l’entrée, il n’est pas question !
̶ Continuez…
̶ De mon souffle, puissant comme la mousson…
̶ Très bien, très bien…
̶ Je ferais sauter la maison !
̶ Super, Vincent ! C’était vraiment bien. Laissez vos coordonnées à Agnès avant de partir. On vous recontactera si besoin.
Envisageait-il de faire du cinéma un jour ? Il avait vu l’annonce par hasard, dans un journal qui trainait sur une table de la cafèt’. Il avait un cours d’histoire-géo à l’heure du casting mais il avait quitté l’école à l’heure du déjeuner, en passant par derrière la loge du gardien. Vincent Leprince ! Où était-il allé cherché ce nom ? Ҫa le faisait doucement rigoler tandis qu’il attendait le bus pour rentrer chez lui. Personne ne vérifiait jamais l’heure à laquelle il rentrait. Ni s’il avait des notes ou des absences. Il aurait pu faire l’école buissonnière des semaines entières sans éveiller le moindre soupçon.
̶ Vous avez-vu Shining, Vincent ?
̶ Chaï quoi ?
̶ Ce n’est pas à moi que vous devez vous adresser, Vincent. Pas à moi ! Vous devez vous imaginez devant une porte derrière laquelle se trouve votre femme. Et vous n’avez qu’un seul désir : défoncer cette porte à coup de hache pour découper votre nana en petits morceaux ! Vous êtes complètement givré, Vincent. COMPLETEMENT !
̶ OK… OK…
̶ Alors soyez plus énergique… Plus cinglé ! Faites sortir la bête qui est en vous ! Vous devez nous foutre la trouille, vous comprenez ? Allez, on reprend.
̶ Petit cochon… Petit cochon… Allons ! Ouvre-moi donc !
̶ Bien…
̶ De me refuser l’entrée, il n’est pas question !
̶ Continuez…
̶ De mon souffle, puissant comme la mousson…
̶ Très bien, très bien…
̶ Je ferais sauter la maison !
̶ Super, Vincent ! C’était vraiment bien. Laissez vos coordonnées à Agnès avant de partir. On vous recontactera si besoin.
Envisageait-il de faire du cinéma un jour ? Il avait vu l’annonce par hasard, dans un journal qui trainait sur une table de la cafèt’. Il avait un cours d’histoire-géo à l’heure du casting mais il avait quitté l’école à l’heure du déjeuner, en passant par derrière la loge du gardien. Vincent Leprince ! Où était-il allé cherché ce nom ? Ҫa le faisait doucement rigoler tandis qu’il attendait le bus pour rentrer chez lui. Personne ne vérifiait jamais l’heure à laquelle il rentrait. Ni s’il avait des notes ou des absences. Il aurait pu faire l’école buissonnière des semaines entières sans éveiller le moindre soupçon.
Seul
sous l’abribus, il se tourna vers l’affiche de publicité. La tête d’un homme
camouflé dans une bouteille de soda ronde et rouge le regardait de ses yeux
énormes, tandis que sa bouche grande ouverte et déformée par l’effort semblait
hurler « Paaarskeuuu !!! »
̶ De mon souffle puissant comme la mousson, je
ferais sauter ta tête de con !!!
Le téléphone sonna moins d’une semaine après. Le réalisateur avait apprécié son imitation de Robert De Niro et voulait le rencontrer pour lui faire passer des essais plus longs.
Le téléphone sonna moins d’une semaine après. Le réalisateur avait apprécié son imitation de Robert De Niro et voulait le rencontrer pour lui faire passer des essais plus longs.
Le tournage
du film débuta un mois plus tard et dura vingt-quatre jours.
Le 19 mai
1995, une limousine noire venait le chercher devant l’hôtel Majestic pour
assister à la présentation du film au Palais des Festivals. Devant une nuée de
journalistes dont les flashs crépitaient, entouré d’une foule de badauds
surexcités, le cœur battant et les jambes flageolantes sur le large tapis
rouge, il gravit les marches du Festival de Cannes, complètement perdu au
milieu de l’équipe du film. Neuf jours plus tard, rebelote, pour assister à la
cérémonie de clôture où le film obtint le prix de la Mise en Scène.
Salué par
la critique, le film connu un beau succès en salle. Lui-même reçu des articles
élogieux sur sa prestation. Une armée « d’agents de star » débarqua à
sa porte pour lui faire signer des contrats mirobolants. Des réalisateurs dont
il n’avait jamais entendu parlé lui envoyèrent scenarii sur scenarii. Des
journalistes prestigieux l’invitaient sur les plateaux télé où il devait faire
part de son inexpérience de jeune star montante.
De jour au
lendemain, sa vie monotone devint remplie d’obligations et son emploi du temps
de lycéen se transforma en agenda de ministre. Au mois de juin, il avait raté
son passage en seconde et en septembre il ne se réinscrivait pas à l’école.
Le 3
février de l’année suivante, au Théâtre des Champs-Elysées, il voyait Guillaume
Depardieu lui chiper le César du meilleur espoir masculin. Il ne lui en voulut
pas. Il était déjà heureux d’être là, neuf mois après avoir passer trois nuits
de folie à Cannes.
Il
avait simplement l’impression de vivre un rêve éveillé.
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