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Réveillé
par l'alarme de son portable, il entrouvrit difficilement les yeux et dans un
semi-coma regarda vaguement autour de lui. Il vit d'abord son livre sur la
table de nuit et pensa aussitôt se trouver dans son lit. Mais les draps étaient
blancs et la couette trop étroite.
La
chambre était familière pourtant, avec son écran plat sur une console beige
laquée, un petit bureau juste à côté et, devant le bureau, une chaise en bois
et tissu brun sur lequel étaient posés ses vêtements. Il ouvrit plus largement
les yeux et, tendant le bras, éteignit l’alarme qui sonnait toujours. Sortant
peu à peu de sa nuit, il aperçut l’étrange tableau au-dessus de l'écran et
réalisa qu'il n'était pas chez lui mais à l'hôtel. A Copenhague, où il était
arrivé la veille au soir.
Copenhague...
Copenhague…
A moins
que ce ne soit Prague ?
Impossible !
Prague c'était la fois précédente !
La
télécommande se trouvait à côté du livre, sur la table de nuit. Il alluma
machinalement la télévision. La première image qu'il vit fut celle d'une blonde
ultra-maquillée présentant les informations du jour dans une langue qu'il ne
comprit pas. Sous sa poitrine opulente, défilait un bandeau gris clair imprimé
de lettres plus foncées. Il y reconnut les caractères cyrilliques et la mémoire
lui revint : Saint-Pétersbourg !
Il se
mit à la recherche de la chaîne française et trouva rapidement TV5. Il prêta
l’oreille. La journaliste du matin y parlait du succès du dernier film de
Claude Chabrol avec Vincent Leprince, dont le jeu tout en finesse était
unanimement salué par la critique. Il avait vu le film la semaine précédente et
n’avait pas du tout aimé. Il avait trouvé Leprince très gros et très laid. Bien
loin de l’acteur fougueux et plein de charme de ses débuts. La page sport fut
ensuite essentiellement consacrée au match d’ouverture du tournoi des VI
nations à venir, entre l’Irlande et la France. Il se foutait pas mal du rugby
et il éteignit le poste.
Repoussant
les draps, il se leva et passa dans le cabinet de toilette. Une réplique exacte
de celui de Prague, de Milan, de Londres, de Bruxelles ou de Varsovie. Avec, à
disposition, les minis bouteilles de gel douche, de shampoing et de lait pour
le corps, le petit savon dans le sachet plastique, les cinq coton-tige et le
peigne, impeccablement disposés sous le miroir rétro-éclairé. Le paquet de
mouchoirs en papier, encastré sous le lavabo et le sèche-cheveux accroché au
mur. La pile de serviettes de toilette blanches, de toutes tailles, pliées près
du lavabo. La serviette carrée pour le sol, la petite pour les mains, la
moyenne pour les cheveux, la grande pour le corps. A remettre sur le
sèche-serviette après utilisation, pour économiser l'eau de l'hôtel et sauver
la planète. Ou à laisser sur le dallage pour obtenir leur remplacement et
contribuer à l'épuisement des ressources naturelles de la Terre. Ce qu'il
faisait systématiquement.
Il rasa
avec application son visage allongé. Sa barbe avait tant poussé depuis un mois
qu’il dut s’y reprendre à trois fois pour rendre à sa peau sa douceur
d’origine. Il se peigna ensuite longuement, admirant dans le miroir sa
chevelure brune de jeune premier. Il aimait bien se regarder. Il se trouvait
beau, même si ce matin, comme chaque fois qu'il se levait trop tôt ou ne
dormait pas assez, deux petites poches persistaient sous ses yeux verts. Il
savait qu'elles s'estomperaient sous peu.
Sa
nuit avait été calme. La chambre, située sur l'arrière du bâtiment, donnait sur
une petite cour intérieure d'où ne montait aucun bruit. Il ne supportait pas
les bruits. Surtout la nuit. S'il était réveillé au milieu d'un rêve, il était
incapable de se rendormir, ce qui le rendait irascible pour le reste de la
journée. Il devenait absolument exécrable, ce qui pouvait avoir des
conséquences sur le bon déroulement de sa mission. Il était donc important
qu'il dorme paisiblement. Raison pour laquelle il choisissait toujours ses
établissements avec soin. Et cet hôtel semblait un excellent choix. Il était
arrivé voilà quatre jours et cette journée était sa dernière en Russie. Dans
deux heures, il serait parti.
La
veille, il était rentré tard et s'était endormi rapidement après s'être délassé
d’une bière au bar panoramique du dernier étage. Il avait passé une excellente
soirée. Exactement comme il l’avait prévue. Sans fausse note. Timing parfait.
Une
fois habillé, il ralluma la télévision et choisit la chaîne d’information
locale. Il resta un long moment à contempler les images, sans rien comprendre à
ce que la journaliste racontait. Ce n’était pas là l’essentiel. L’essentiel, il
ne le vit pas. Aucune image du parc de l'Amirauté. Absolument rien sur Sasha.
Au bout d’une demi-heure, lorsque le journal recommença, il éteignit le poste.
Etait-il
soulagé ? Agacé ? Peut-être un peu des deux… Peut-être aucun des
deux…
Sans
trop bien savoir ce qu’il ressentait, il descendit prendre son petit déjeuner.
Aménagé dans un ancien immeuble d'habitation, l'hôtel Petro Palace s'étendait
sur 6 étages et était parcouru par un dédale de couloirs bas et étroits et mal
éclairés. Le premier matin, il avait d’ailleurs eut du mal à trouver la salle
de restaurant. Après avoir erré de longues minutes à monter et descendre les
escaliers, il avait fini par rencontrer une âme charitable qui l’avait conduit
au bon étage. Depuis, il prenait l’ascenseur.
Il choisit
la même table, légèrement à l'écart. Il n'y avait pas foule ce matin. Des
hommes d'affaires essentiellement, reconnaissables à leur
costume-cravate-chaussures cirées, en tous points semblables à lui-même, se
mêlaient à quelques touristes, pour la plupart asiatiques.
Comme
à son habitude, il déjeuna, de deux tranches de bacon grillé, de deux saucisses
et d’œufs brouillés, accompagnés d'une tasse de café et d'un verre de jus
d'orange. Il prit ensuite une coupe de yoghourt nature qui lui sembla bien
aigre malgré le miel qu'il y ajouta. Cela le contraria, d'autant qu'il n'avait
pas beaucoup apprécié les saucisses, qui manquaient de goût. Il termina
néanmoins son yoghourt avant de remonter dans sa chambre préparer ses affaires.
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