Le jeune homme est immobile. Son cou est raide,
ses épaules tombantes. Tournant le dos au lit, il serre entre ses mains
fiévreuses cette lettre qu'il relit pour la troisième fois.
Le soleil couchant
inonde le studio d’une pâle lumière orangée. Sur le guéridon de l’entrée, un
bouquet de fleurs sauvages diffuse des senteurs printanières. Une enveloppe est
adossée au vase. Un peu plus loin, sur le bureau, des restes de repas trainent
dans les assiettes mais la bouteille de vin est vide, comme les deux verres à
pied et le petit flacon dont l'étiquette a été arrachée.
Dans le lit, les deux
corps sont nus et enlacés. Couchés en chien de fusil et flottant sur le lit.
Leurs genoux s'effleurent, leurs poitrines se touchent. Sa main à elle est
délicatement posée sur son épaule à lui. Ses longs cheveux noirs forment une
vaste couronne autour de son visage blanc. Quelques mèches soyeuses courent sur
le drap rouge et viennent se mêler à la chevelure claire de l'homme. D'autres
semblent lui caresser la joue. Leurs bouches se sourient.
Le visage détendu, les
yeux ouverts, ils s'observent avec une tranquillité inquiétante.
Le jeune homme replie soigneusement la
lettre et la remet dans l'enveloppe. Il regarde une dernière fois ce lieu
familier : la peinture pourpre des murs, les rideaux blancs décorés de
petites violettes qu'ils avaient choisis ensemble, le poster de Mogwai sur le
mur du fond : ce visage flou, blafard, cadavérique ; cette sorte de
Dracula aux yeux violets et lèvres vermillons ; la dentition carnassière ;
lettres blanches sur fond noir « Come on die young ».
S'il avait su...
Il s'approche du lit, se penche vers
elle et s’imprègne une dernière fois de son parfum. Il l'embrasse tendrement
sur le front, caresse ses cheveux et fait volte-face. Il ne veut pas avoir à le
regarder, lui, ce salopard sans qui tout cela ne serait jamais arrivé.
Sentant les pleurs monter, il traverse
la pièce rapidement. Sur le palier, il tire silencieusement la porte derrière
lui, sans pouvoir réprimer ce soudain torrent de larmes qui lui explose au
visage.
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